Finance : la data et l’IA au cœur de la transition climatique

Finance : la data et l’IA au cœur de la transition climatique

L’urgence climatique, les traités internationaux ou les nouvelles réglementations rentrées en vigueur ces dernières années, ont permis aux acteurs du secteur financier de prendre définitivement conscience de ces problématiques, et de faire de la transition énergétique une nouvelle priorité. 

Ce mouvement est accéléré par l’émergence de fintechs qui se positionnent sur des investissements « Green » ou des solutions innovantes. C’est le cas de RIFT, une application mobile renseignant les particuliers sur l’impact carbone des investissement effectués grâce à leur épargne. 

Les institutions financières se doivent donc de prendre ce virage, d’accélérer et d’ériger définitivement cette thématique en priorité.  D’autant que depuis 2 à 3 ans maintenant, les principaux postes d’émissions des banques, que ce soit liés à leurs activités ou à leur propre fonctionnement sont identifiés et partagés.  

Les Banques se fixent donc trois grands objectifs :  

  • Limiter les investissements dans des énergies fossiles ou «la production d’énergie non verte » (électricité, extraction de pétrole, gaz et raffinage, automobile et aéronautique, …).
  • Aligner leurs portefeuilles sur les engagements de limitation des effets carbones.
  • Mesurer et piloter les risques liés au carbone et accompagner leurs clients dans la transition vers une économie bas carbone. Par exemple, au travers de prêts et d’émissions obligataires portant sur des sujets environnementaux et sociaux.  

Cette thématique étant encore nouvelle, la plupart des institutions financières se trouvent encore dans des phases de réflexion ou d’expérimentation.  

D’autant que nous nous trouvons encore dans un contexte évolutif, certains textes réglementaires devant encore être complétés. Par exemple, concernant les GES, certaines banques reportent la prise en compte du scope 3. En effet, elles estiment que les méthodes ont encore besoin d’amélioration et d’être affinée afin d’être en capacité d’en mesurer les réels effets.

Des réglementations nombreuses, ambitieuses et incitatrices

Les Accords de Paris sur le Climat (COP21) ont été l’élément déclencheur dans la transition énergétique. Avec l’ambition de limiter le réchauffement climatique à un niveau inférieur à , voire tendre à 1,5° par rapport au niveau préindustriel.

Depuis, d’autres réglementions, chartes ou lois ont été édictées, y compris spécifiquement dédiés au secteur financier.

  • Nous pouvons citer les Principes pour une banque responsable porté par les Nations Unies qui concerne la Gestion d’actifs (finances durables, consacrer des investissements à des actifs verts).
  • Egalement, la Charte Numérique Responsable initiée par l’INR, à laquelle de nombreuses banques ont souscrits.

 

Des normes qui se multiplient depuis 2019

En 2019, l’Autorité bancaire européenne (ABE) a publié son Plan d’action pour la finance durable. Il consiste à intégrer les risques ESG dans les scopes 1, 2 et 3 du règlement CRR (Capital Requirement Regulation) et de la directive CRD (Directive Européenne sur les fonds propres réglementaires). Ces textes dédiés à la gestion des fonds propres CRD visent à stabiliser et à renforcer le système bancaire en les obligeant à provisionner plus de capitaux, afin de limiter les effets négatifs des crises.

Nous pouvons aussi évoquer la Méthodologie PACTA (2020), soutenue par les Principes pour l’investissement responsable (PRI). Elle vise à évaluer l’alignement des investissements d’un portefeuille avec le niveau d’exposition des secteurs ou entreprises pressenties aux énergies les plus émissives en carbone.

En 2021, L’ONU a lancé le Net Zero Banking Alliance. Les Banques qui ont rejoint cette alliance se doivent d’aligner leurs portefeuilles sur une trajectoire zéro émission nette d’ici 2050. Ce qui nécessite de fixer des jalons et de concevoir des outils de mesure permettant de suivre au plus près son bilan à court, moyen et long terme.

Enfin, la Taxonomie Verte Européenne est entrée en vigueur partiellement au 1er janvier 2022. Cette nouvelle réglementation a été édictée dans le cadre du pacte vert pour l’Europe (Green Deal). Il s’agit d’une classification des activités économiques durables avec une nomenclature commune qui doivent contribuer à la réalisation d’objectifs environnementaux. On peut retrouver les activités déjà considérées comme bas-carbone. C’est-à-dire, les activités qui contribuent à la transition vers une économie zéro émission nette 2050. Mais également, les activités qui permettent le « verdissement » ou la réduction des émissions d’autres activités.

Des enjeux à plusieurs niveaux

À travers cette taxonomie, un des enjeux principaux est de contribuer à tout ou partie de ces objectifs environnementaux. Le tout, en identifiant et favorisant les investissements concernant les activités répondant au mieux à ces critères. Avec cette classification, il est plus facile de comparer la contribution de ses portefeuilles d’investissements avec la transition bas-carbone.

Les acteurs engagés doivent donc être en capacité de répondre à l’ensemble de ces mesures dès à présent. Il y a à la fois un enjeu de recueil, de granularité et de consolidation des données. De même, la méconnaissance de toutes les données nécessaires à la mesure et au pilotage, leur hétérogénéité et l’absence de recul ne permettent pas d’évaluer encore avec précision ces impacts.

Pour autant, la data est la pierre angulaire pour faciliter cette transition, voire l’accélérer.

En effet, il est capital de mesurer de manière la plus précise possible l’impact des financements et des investissements. Ce sont ces mesures qui nous permettront d’atténuer dans les meilleurs délais l’effet climatique des activités financières. Et ainsi, pouvoir lancer des actions de remédiation ou d’adaptation de sa trajectoire à court, moyen et long terme.

Il est également nécessaire de rechercher des pistes d’évolution, des moyens de faire les bons choix d’investissements et d’octroi de crédits, d’affiner les scores et les prédictions pour accélérer sa transformation.

Des engagements … responsabilisants ?

La plupart des grands acteurs français du secteur de la finance communique autour de nombreux engagements afin de respecter les Accords de Paris et les autres textes qui les obligent aujourd’hui à définir une trajectoire de neutralité carbone d’ici 2050.

Ils ont conçu des modèles d’évaluation de leurs portefeuilles.  Ils ont souvent priorisé le désengagement dans les secteurs les plus émissifs, se sont engagés sur une trajectoire de neutralité carbone, notamment à travers la Net Zero Banking Alliance. Cette dernière obligeant à prioriser les portefeuilles pour lesquels la banque peut avoir un rôle important en termes de financement.

De même, ils mènent des actions pour réduire leur propre empreinte carbone en tant qu’entreprise. Enfin, ils offrent à leurs clients la possibilité de les accompagner dans ces transformations.

Des modèles d’évaluation nouvellement créés, encore perfectibles 

Au-delà des analyses financières traditionnelles, les banques sont en train de mettre en place des analyses et notations extra-financières. L’évaluation des engagements et des politiques environnementales, sociétales et la gouvernance devient une norme.  

Il est ainsi nécessaire, aujourd’hui et demain, de pouvoir anticiper les risques et d’identifier de nouvelles opportunités et les acteurs les plus avancés dans leurs projets de transition.  

Certaines banques ont développé des outils d’analyse pour mesurer et piloter l’impact climatique de leurs portefeuilles clients. 

L’objectif est d’évaluer des portefeuilles et de les classer en fonction de leur impact positif ou négatif sur l’empreinte carbone. Le but étant de prioriser les travaux d’alignement et veiller en priorité au désengagement des secteurs les plus émissifs.  

Cela permet, notamment, de recenser les clients qu’il sera nécessaire d’accompagner dans leurs investissements. En fonction, par exemple de l’impact climat des biens, des projets et des clients financés. Les banques pourront ensuite hiérarchiser ces clients, définir les priorités et l’identification des opportunités de financement durable. Le tout afin de piloter l’alignement des portefeuilles avec une trajectoire 1,5°C.

Mais également de mesurer et suivre sa trajectoire vers l’atteinte des objectifs fixés de réduction de son empreinte. D’abord en examinant les principales zones de risques climatiques et environnementaux de l’entreprise. Puis en mettant en place des contrôles pour vérifier le respect du plan stratégique et en élaborant des scénarios.

Des critères a évaluer pour s’assurer de l’atteinte des objectifs fixés :

1. L’accompagnement et le conseil des clients :

La plupart des institutions financières proposent d’accompagner les clients dans leur propre transition énergétique.

Cela se matérialise par l’apport d’une dimension de conseil autour de la transition, en favorisant les propositions d’investissements, d’épargne et de placements « green ».

Il peut s’agir d’un prêt de rénovation énergétique, d’une offre de fonds ISR, des green bonds avec un engagement à utiliser les fonds levés pour financer des projets contribuant à la transition écologique (énergies renouvelables, transports durables, …).

2. L’évaluation de ses activités financières sur des critères factuels :

L’évaluation des risques au cœur des projets de transition énergétique.

Différents types de risques climatiques peuvent être liés aux risques financiers :

  • Les risques de transition qui sont liés à la réglementation, aux avancées technologiques
  • Les risques physiques qu’ils soient chroniques (hausse des températures, du niveau des océans, …) ou extrêmes (inondations, sécheresses, feux de forêts).

Ces risques peuvent avoir un impact fort sur plusieurs axes de l’économie. Pour les entreprises (dommage aux actifs corporels par exemple) comme pour les particuliers (pertes de revenus, dommages à la propriété). Parfois, ils ont des impacts macro-économiques comme la dépréciation du capital, la variation des prix et des niveaux de productivité.

Ce qui implique des conséquences sur plusieurs activités financières que ce soit les risques de crédit avec la possibilité de la hausse des défauts des entreprises comme des particuliers. De même pour les risques de marché, les risques d’assurance ou les risques opérationnels.

Il est donc nécessaire d’observer un certain nombre d’activités financières et d’indicateurs afin d’estimer sa contribution à l’atteinte des objectifs fixés et d’évaluer la vulnérabilité des banques aux risques climatiques :

Crédit / Financement

Nous pouvons distinguer des crédits à long terme (ex : crédit immobilier) en tenant compte des critères tel que la superficie et le volume des bâtiments, les matériaux de construction, la consommation énergétique du bâtiment, les émissions liées à la construction et à l’utilisation des bâtiments, …

Nous pouvons évaluer les crédits à court terme comme le crédit à la consommation : émissions réalisées à partir des biens financés par ce type de crédit (meubles, véhicules, travaux, voyages, …)

Enfin les crédits aux entreprises en se basant, par exemple, sur la classification GICS pour évaluer les impacts. Les grandes institutions financières ayant fait le choix de limiter progressivement les financements des industries fossiles afin de réduire son exposition de crédit à la production de ces énergies, tout en développant le financement des sujets environnementaux et sociaux.

Investissement

On peut évaluer les investissements dans les entreprises en se basant sur la même classification GICS et pour les obligations souveraines, étudier la répartition géographique des investissements afin d’évaluer les émissions induites, notamment en utilisant des ratios d’émission.

Actifs immobiliers

Concernant les actifs immobiliers, il est possible d’étudier la répartition géographique des actifs, les surfaces gérées par pays, la consommation énergétique moyenne des bâtiments, …

3. Prendre des mesures de transition pour réduire sa propre empreinte carbone

Plusieurs axes peuvent être évalués pour mesurer les efforts internes qui contribuent également à réduire son empreinte carbone :

  • Immobilier – Réduire l’empreinte carbone des locaux, à travers des travaux de rénovation énergétique pour les bâtiments les plus anciens, l’intégration de la domotique, la végétalisation des espaces ou la réduction des espaces pour les constructions.
  • Mobilité – Développer le télétravail, favoriser le co-voiturage, rénover sa flotte de véhicules par exemple afin de diminuer les déplacements.
  • Achats – Faire adopter à ses fournisseurs et sous-traitants un code de conduite systématisant la prise en compte des critères RSE et des principes éthiques, dont l’empreinte carbone.
  • Système d’Information – Investir dans des équipements à durée de vie prolongée, promouvoir des techniques de développement plus économes, améliorer l’efficacité énergétique des Data Centers

Nous ne sommes qu’à l’aube de la démarche, les textes et résolutions vont continuer d’évoluer et de s’étoffer.

Tout le monde est conscient que les premières analyses, études ou outils d’évaluation sont encore au stade de recherche et développement. Pour autant, il est essentiel de disposer d’indicateurs précis, complets et fiables, compte tenu de l’enjeu fort derrière l’atteinte de ces objectifs environnementaux.

Tout comme, en interne, cela contribue à l’appropriation et l’ancrage de ces enjeux cruciaux au sein des différentes Directions Métier.

Les principaux indicateurs à mesurer 

Les reportings et analyses menés portent sur quatre grands axes :

  • L’intensité carbone des secteurs dans lesquels les banques sont présentes, en prenant en compte le scope 1, 2, 3. Pour en savoir plus sur les scopes et leur fonctionnent nous vous invitons à lire le premier article de cette série.
  • La part verte évaluée sur la base de la taxonomie européenne.
  • L’alignement des portefeuilles avec l’objectif de maintien des engagements des Accords de Paris.
  • L’empreinte carbone de ses propres activités et de son patrimoine.

En termes de méthode, notamment pour la prise en compte du scope 3, les entreprises se concentrent dans un premier temps sur un périmètre défini sur la base de certains critères, et l’étendent au fur à mesure afin de prendre en compte le plus d’éléments possibles (Rapport BNP Climate Analytics and Alignment Report page 38 3.3 Review Scope : “In our methodology, we have focused on sectors that account for the bulk of the impact on the environment. Within ….”)

La Data et l’IA comme accélérateur facilitant la transition ?

L’évaluation de la performance des entreprises s’en trouve bouleversée et se doit d’être transformée pour répondre à ces enjeux.

L’utilisation de la data et de l’IA doit permettre de faciliter sa transition vers la finance durable, de manager son alignement climatique. Mais également d’anticiper les évolutions des réglementations et d’intégrer les risques liés au climat au processus global d’identification des risques existants. Ce processus doit couvrir tous les types de risques et toutes les expositions de la Banque, y compris le « risque de transition » (évaluation des conséquences économiques et financières résultant des effets de la mise en place d’un modèle économique bas carbone).

Un use case type :

La planification stratégique nécessite de travailler à des scénarios prospectifs tendanciels et alternatifs. La fréquence, la régularité, l’impact des risques climatiques sont par définition non maîtrisables et évolutifs.

Il est donc nécessaire d’aller au-delà du prévisionnel et de définir les risques et les opportunités en se projetant pour explorer une série d’états futurs plausibles et ainsi confirmer, adapter ou infirmer certaines tendances.

Ces scénarios sont en plus élaborés en fonction des secteurs, le plus souvent avec un focus sur les secteurs les plus sensibles des portefeuilles.

Ainsi, la plupart des Directions des Risques sont en train de mettre en place des référentiels dédiés aux risques climatiques.

Au fur et à mesure que les travaux autour de ces thématiques progressent et que de nouvelles normes et réglementations évoluent, il sera nécessaire de disposer de nouveaux types de données, d’un volume plus complet et d’une plus fine granularité. Ceci afin d’enrichir les modèles qui devront être recalibrés au fil du temps pour alimenter régulièrement les reportings et analyses nouvellement créées.

Une fois ces données plus raffinées, fiables et précises disponibles, il sera nécessaire de réévaluer les analyses de manière agile pour intégrer les dernières mises à jour. Ceci, afin d’ajuster la trajectoire conformément aux meilleures pratiques établies par la science du climat.

Le tout, en mettant en place des modèles réévalués régulièrement, notamment parce que les scénarios climatiques sont régulièrement mis à jour et qu’il est indispensable de disposer des dernières tendances clés.

Maintenir le cap

Les objectifs fixés et les moyens de pilotage ne vont cesser d’évoluer dans les prochaines années, à mesure que l’on s’approchera des principales échéances, 2030 c’est demain.

En corolaire, il est donc encore attendu des données de meilleure qualité, plus variées et plus justes, des indicateurs ou des scores plus précis et des études affinées qui permettront de mesurer les trajectoires fixées et d’accélérer les transformations. La mobilisation et l’adhésion de l’ensemble des collaborateurs autour de cette nouvelle clé de lecture de la réussite d’une entreprise, sera également déterminant pour l’atteinte des objectifs.

Guillaume Pinaud, directeur de la BL Data et IA

En réagissant à cet article, vous nous permettez d'affiner les contenus que nous publions ici !

  • Awesome (1)
  • Interesting (0)
  • Useful (0)
  • Boring (0)
  • Sucks (0)

Si cet article vous a plu, n’hésitez pas à le partager via

Ces articles peuvent également vous intéresser