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Tout savoir sur les stress-tests

La Cour des comptes européenne a publié un rapport dans lequel elle estimait que les derniers tests de résistance, menés en 2018, sur les grandes banques de l’UE n’étaient pas assez sévères pour refléter de façon correcte les risques systémiques. Selon l’autorité, les scénarios proposés étaient moins graves que ceux de la crise de 2008.

Plus connus sous le nom de stress-test dans les milieux bancaires et financiers, ces exercices sont techniquement compliqués et consommateurs de ressources pour les établissements.

Cependant, ils sont la condition sine qua none pour rétablir la confiance en la capacité des établissements bancaires à résister à un éventuel choc macro-économique sur les volumes et les risques de crédit.

Fiacre, consultant Data Analyst revient sur l’objet, l’histoire et les limites de l’exercice. Entretien.

C’est quoi un stress-test ?

Un test de résistance (en anglais, stress test) est, dans le domaine de l’analyse financière, une technique destinée à évaluer la capacité d’une institution financière, considérée isolément ou dans un ensemble, à palier un choc (extrême mais plausible), un incident majeur, une anomalie, advenant au cours de ses activités.

Le choc peut être de nature économique (ralentissement de la croissance), géopolitique (conflit armé) ou réglementaire (séparation des activités de détail et d’investissement).

Dans quel contexte sont-ils apparus ?

Les tests de résistance bancaire ont été mis en place par les banques centrales et les autorités en charge de la supervision bancaire à la fin des années 1990. Dès cette époque, les crises bancaires et financières plus fréquentes et notamment la crise asiatique de 1997, avaient mis en évidence le rôle de la détérioration des facteurs macro-économiques (évolution de la consommation et des investissements, récession, taux de chômage, inflation…) dans le déclenchement des crises bancaires.

Ces facteurs n’étaient pas suffisamment pris en compte dans les autres méthodes de régulation et de supervision bancaires (ratios prudentiels, contrôle interne des risques, suivi individuel des établissements financiers par les autorités de supervision comme par les agences de notation).

Ainsi, les tests conduits avant la crise des subprimes n’avaient pas décelé la gravité de la crise bancaire qui provenait d’évolutions macro-économiques défavorables comme le recul des prix de l’immobilier aux États-Unis. Suite aux crises financières de 2007 (effets systémiques des subprimes, faillites de grands acteurs) et de l’amplification en 2008 (marchés financiers, crédits, immobilier, placements collectifs…), il a été constitué au niveau international un G20 des chefs d’États de 19 pays et de l’UE, dont l’objectif principal est d’assurer la stabilité financière internationale.

Parmi les mesures étudiées, les « stress-tests » ou « tests de résistance » consistent à analyser les impacts d’une détérioration sérieuse des conditions économiques sur les bilans bancaires.

Qui décide de mener ces tests et à quelle logique ils répondent ?

Les tests de résistance sont menés par les institutions financières, notamment les banques centrales, l’EBA (l’autorité bancaire européenne), dans le but d’évaluer les conséquences d’une forte dégradation de la situation économique sur les bilans bancaires.

Les scénarios sont-ils les mêmes pour tous les établissements ?

L’opération de stress test consiste à définir plusieurs scénarios à un horizon d’un ou deux ans qui seront appliqués aux portefeuilles des banques (crédits, placements, dette) afin de mesurer leur évolution. Un premier scénario dit « de base » ou « central », reprend les principales prévisions macroéconomiques existantes. Les résultats obtenus en appliquant ce scénario sont alors comparés à ceux que génère un autre scénario, dit dégradé, extrême, pessimiste ou « stressé ».

Ce dernier définit généralement un fort ralentissement de la croissance, souvent même une récession, une hausse du chômage, une chute des marchés boursiers, une hausse des crédits non remboursés… Il s’agit d’étudier non seulement les risques pouvant peser sur tel ou tel établissement financier soumis au test mais aussi les risques de contagion pouvant générer une instabilité du système financier : les risques systémiques.

Par ailleurs pour répondre à la question, cela dépend du modèle utilisé. Par modèle, on désigne l’ensemble des processus et techniques employées pour traduire le scénario en impacts sur les institutions concernées. Le processus lui-même peut être ascendant (bottom-up) ou descendant (top-down).

Dans un processus ascendant, une institution fournit à toutes les entités testées un scénario, dont elles estiment en interne l’impact avec leurs propres modèles. L’institution fournissant le scénario peut être un régulateur national ou régional, comme l’EBA et les entités testées les banques dépendant de son autorité. Cela a pour but de mesurer l’effet de chocs globaux sur l’ensemble du système bancaire et l’effet spécifique sur les grands groupes bancaires.

Dans un processus descendant, l’institution à l’initiative du test applique de manière uniforme son propre modèle aux données fournies par les entités testées. En pratique, la plupart des campagnes de tests de résistance de grande ampleur emploient simultanément les deux approches.

À quoi sert un stress-test ?

L’objectif d’un test de résistance est double. En temps normal, il est destiné à identifier les vulnérabilités c’est-à-dire qu’il vise à mesurer notamment l’impact du choc macro-économique sur les volumes et les risques de crédit portés par les banques, sur la valeur de leurs actifs et in fine sur leur ratio de solvabilité. Un test doit ainsi faire apparaître la capacité des banques à affronter les tempêtes économiques éventuelles, la sous-capitalisation éventuelle de certaines d’entre elles et la fragilité éventuelle d’un système bancaire national lorsqu’une proportion non négligeable d’établissements d’un même pays n’obtient pas des résultats satisfaisants à un test.

Par ailleurs, en période de crise, les tests de résistances servent à orienter la gestion de crise et sa résolution. En effet, les banques devront, soit augmenter leurs fonds propres (avec ou sans l’appui des États), soit opérer des restructurations (réductions des engagements de crédits, concentrations…).

Y en a-t-il de différents types ?

On distingue deux grandes catégories de tests de résistance.

  1. Les tests micro prudentiels évaluent la résistance d’un portefeuille (périmètre restreint de l’activité), d’une activité ou d’une institution de manière isolée.
  2. Les tests macro prudentiels évaluent la résistance d’un sous-ensemble large ou de l’ensemble du système financier, permettant de capturer l’impact des risques systémiques.

Au sein d’un établissement comment se passe l’exercice. Quelle est la mécanique d’un stress-test ?

Un test de résistance est composé essentiellement de quatre éléments :

  • Un ensemble d’expositions au risque, par exemple des crédits, soumis à un choc adverse ;
  • Un scénario, qui définit l’ensemble des chocs appliqués ;
  • Un modèle, qui traduit le choc en un ensemble d’impacts et décrit leur propagation dans le système considéré ;
  • Une mesure de résultat (ou d’impact), par exemple les ratios de fonds propres décrivant l’évolution de la solvabilité d’une banque.

Quels sont les scénarios chocs à partir desquels les banques sont testées ?

Un scénario-choc définit généralement un fort ralentissement de la croissance, souvent même une récession, une hausse du chômage, une hausse des taux d’intérêt, une inflation, une chute des marchés boursiers, une hausse des crédits non remboursés…

Du coup, qu’évalue-t-on à partir d’un stress-test ?

L’objectif des tests de résistance est de fournir une estimation de l’impact sur une grandeur caractérisant la capacité de résistance de l’institution. Il s’agit le plus souvent de l’évolution des ratios de solvabilité, mais également des besoins en liquidités ou encore du nombre de défauts ou de la quantité de capital nécessaire pour éviter une faillite du système financier considéré (tests macro prudentiels).

Cette dernière mesure prend le pas sur les autres lorsque l’exercice est employé dans un cadre de gestion de crise.

Quels sont les limites des stress-tests ?

Le paradoxe des tests de résistance effectués dans le système bancaire est qu’il n’est pas possible que leurs résultats soient trop catastrophiques dès lors qu’ils sont rendus publics. De tels résultats adresseraient au marché des signaux négatifs auto-réalisateurs, en provoquant une défiance généralisée des prêteurs ou investisseurs, qui elle-même engendrerait une crise contre laquelle ces tests prétendent lutter. Par ailleurs, les scénarios sont jugés incomplets. Dans l’article « Une évaluation du Comprehensive Assessment de la BCE« , Guillaume Arnould et Salim Dehmej (doctorants Paris 1) expliquent que tout n’est pas si simple, entre autre car :

  1. les scénarios de stress utilisés sont très « lights » comparés aux scénarios utilisés dans les stress tests américains
  2. les dettes publiques sont encore considérées comme sans risque (pondération quasi-nulle). Ce qui tend à sous-estimer le risque réel en cas de retour de la crise de la dette souveraine.

En France, le système bancaire est-il solide et capable de résister face à de chocs sévères ?

L’Autorité bancaire européenne (ABE) a rendu public en novembre 2018, le résultat des derniers tests de résistance menés sur 48 banques de l’Union européenne, dont six françaises : BNP Paribas, Crédit Mutuel, BPCE, Crédit Agricole, La Banque Postale et Société Générale.

L’ABE a souligné que les banques européennes ont des bilans nettement plus solides qu’il y a quelques années, du fait d’un certain nombre de mesures imposées par les régulateurs pour les obliger à renforcer leurs fonds propres.

En France, ce sont les mutualistes qui ont les meilleurs résultats : le groupe Crédit Agricole a un ratio de 10,21% dans le scénario extrême en 2020, le groupe BPCE (Banques Populaires Caisses d’Épargne) de 10,68%, le Crédit Mutuel remporte la palme à 13,18%. Certains sont cependant bien en dessous de la moyenne européenne. BNP Paribas ressort avec un ratio de 8,64%, La Banque Postale de 8,22%. La Société Générale est la dernière des françaises, un cran en dessous, à 7,61%, clairement dans le bas du classement.

Dans le cadre de ta mission, tu travailles sur un stress spécifique, celui du stress test PIM (un portefeuille pour les professionnels de l’immobilier). Peux-tu nous expliquer ce cas spécifique ?

Le stress-test PIM est un test micro prudentiel qui a pour objectif d’évaluer la résistance du portefeuille PIM de la Banque. Il se limite au risque de crédit sur les Corporates PIM. Le scénario défini dans notre exercice est un scénario de choc de taux d’intérêt, car ce dernier est un facteur de sensibilité des PIM : une hausse des taux d’intérêt aurait un effet sur la demande impactant directement les marges des professionnels de l’immobilier (Chiffre d’Affaires, Fonds propres, LTV …). Quant à la méthodologie de stress, nous avons opté pour une approche par contrepartie basée sur des modèles de notation, qui intègre :

  • une renotation (notation stressée) des tiers en fonction de la sensibilité de variables (permettant au calcul de la note ou du score) aux variables macroéconomiques,
  • une approche « jump-to-default » basée sur la détermination de seuil ou de critères sur certaines variables qui vont faire basculer la contrepartie en défaut…

Le tout permettant de recalculer les provisions IFRS 9 (via moteur de calcul IFRS 9) et les RWA et d’évaluer l’impact en termes de coût du risque.

Certains experts sont réservés quant à l’efficacité des stress-test en évoquant l’effet « black swan » qui édicte « comme on ne peut pas le prévoir (une crise) on ne peut pas le simuler ». Votre sentiment ?

Je pense que leur réserve concernant l’efficacité des stress-tests est justifiée car en effet c’est difficile de bien penser un scénario-choc si celui-ci ne s’est jamais produit d’où d’ailleurs la limite sur le caractère incomplet des scénarios.

Par contre, je pense qu’on peut simuler une crise en se basant sur l’historique des chocs déjà survenus. Car partant du principe que l’économie est un cycle, les experts peuvent prévoir et définir des situations de stress efficaces en fonction du passé.

Les stress-tests auxquels les banques européennes sont soumises depuis 2018 alourdissent notamment la prise en compte des créances douteuses ainsi que les effets des turbulences de marché. À terme, ils pourraient s’élargir au risque climatique ?

Je pense que oui. Le réchauffement climatique étant une problématique actuellement à part entière, je pense qu’à terme les institutions financières intégreront le risque climatique aux scénarios.

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