Après avoir posé les fondations de la gouvernance, le CDO doit maintenant créer de la valeur

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Après avoir posé les fondations de la gouvernance, le CDO doit maintenant créer de la valeur

La donnée dépasse aujourd’hui largement le périmètre du système d’information. C’est pourquoi, au sein des organisations, on a vu, petit à petit, apparaitre une nouvelle fonction, celle de « stratège de la donnée » plus connu sous le nom de CDO pour Chief Data Officer. Son rôle, maîtriser la donnée et en extraire la valeur, pour qu’elle devienne le pilote de la performance.

Le terme de Chief Data Officer (CDO) n’est plus nouveau. Apparu pour la première fois dans une organisation aux États-Unis en 2001, il a fallu attendre près de 15 ans pour que cette fonction émerge en Europe.  Actuellement, selon l’Electronic Business Group (EBG) près de 2/3 des entreprises françaises (59%) déclarent compter un CDO dans leur organisation, celui-ci étant en place dans la très grande majorité des cas depuis moins de 3 ans.

Propulsé d’une part, par l’explosion du volumes de données et la démocratisation des technologies Big Data, c’est surtout l’arrivée du Règlement général sur la protection des données le 25 mai 2018 (RGPD), qui a favorisé l’émergence du CDO. Signe que les entreprises ont compris qu’il était nécessaire de structurer les ambitions digitales de leur organisation et les aligner sur les exigences du régulateur.

Depuis trois ans, ses premiers chantiers ont donc été naturellement axés sur l’organisation, la gouvernance des données et l’acculturation.

Trouver sa place…

Plébiscité pour sa capacité à apporter une réponse à un besoin de centralisation et de gouvernance stratégique des projets de transformation, le CDO a dû, dans un premier temps se faire une place au sein des organisations : où le range-t-on dans l’organigramme ? doit-on changer de culture d’entreprise ? quel modèle adopter ? centralisé, décentralisé, fédéré ? Dans le même temps, le CDO a dû constituer son propre service, définir les profils à recruter ainsi que leurs périmètres. Un saut dans le vide puisque n’existait, il y a trois ans, aucun retour d’expérience sur lequel s’appuyer. 

…et gouverner la donnée

Sujet particulièrement sensible, la gouvernance des données est également un sujet complexe. Il n’existe pas d’organisation idéale mais des particularités à chaque organisation qui sont déterminées par l’existant, la maturité et la culture.

L’arrivée du CDO exige de redéfinir les rôles et responsabilités de ceux qui manipulent, gèrent les interactions ou possèdent la donnée. Objectif : briser les silos pour redistribuer aux métiers les informations dont ils ont besoin, assurer une utilisation conforme aux exigences du RGPD, garantir la traçabilité des données pour légitimer des reportings.

D’un point de vue des process, mettre en place une gouvernance de la donnée c’est aussi avoir la capacité de diffuser à tous les étages de l’entreprise un langage commun autour de la donnée, de fiabiliser les informations tout en les rendant exploitables et ainsi fournir une vision globale et transverse du patrimoine informationnel.

Mais au-delà des bonnes pratiques et des process, l’acculturation à la data est toujours un chantier indispensable qui, selon la maturité data de l’entreprise, est plus ou moins important. Il permet aux CDO de sensibiliser l’ensemble des acteurs de l’entreprise sur les datas et leurs enjeux. Non seulement sur l’aspect réglementaire des usages, mais également sur le fait que les données sont un véritable patrimoine pour l’entreprise et que chacun à son rôle à jouer pour l’entretenir et le valoriser. Ce chantier doit également permettre aux CDO de légitimer leur rôle en tant que porteur de la parole data pour l’entreprise.

Ces chantiers qui posent les fondations d’une organisation et d’un programme data ont initié une véritable transformation dans les entreprises. Du fait de son ampleur et sa complexité, certains sujets sont toujours en cours mais avec du recul, nous pouvons dire qu’ils sont bien lancés. Une évolution est déjà observable et on voit apparaître une certaine maturité.

Un premier bilan ?

Constat n°1

Les schémas d’organisation et la place du CDO dans les organigrammes s’harmonisent. Rattachés à des directions des Risques/Conformité pour l’aspect réglementaire ou à des directions métiers tel que le Markéting, les entreprises s’accordent aujourd’hui pour lui donner une place plus transverse. On le retrouve désormais au sein de direction Digitale ou à plus haut niveau en tant que membre du Comité Exécutif.

Constat n°2

La mise en œuvre d’une gouvernance des données s’avère plus complexe et plus longue que prévue. Elle couvre un périmètre fonctionnel de données très large et implique des utilisateurs nombreux et très variés. Ainsi, pour 54% des CDO, la gouvernance des données reste une priorité et 72% des entreprises estiment qu’elles ne sont pas totalement en conformité et qu’il reste des points en suspens.

Constat n°3

Malgré les deux premiers constats et suite à quelques échecs, remises en question et itérations, les CDO ont posé les fondations de la gouvernance des données. Les enjeux d’avoir un langage commun dans l’entreprise et des données de qualité sont compris et partagés. La gouvernance n’est plus perçue comme une contrainte mais comme une opportunité.

Constat n°4

La fonction de CDO a été augmentée par des outils de data catalog et data quality qui arrivent à maturité. Ils couvrent maintenant la plupart des technologies big data et s’intègrent plus facilement dans les écosystèmes des entreprises. Ils sont de plus en plus « user friendly » et permettent de s’adresser à des typologies d’utilisateurs plus larges tels que les métiers.

Constat n°5

Acculturer l’ensemble des collaborateurs à une démarche de conformité commence à porter ses fruits. Elle a permis d’impliquer tous les acteurs dans cette démarche (Pour 89 % des professionnels interrogés, le RGPD a permis de sensibiliser l’ensemble des métiers à l’importance de la data pour la croissance des entreprises.). Des réflexes et des bonnes pratiques sur la définition des données manipulées et leur mise en qualité dès la conception deviennent naturelles.

Quel avenir pour le CDO ?

La première étude mondiale sur le rôle du Chief Data Officer a été menée en 2020 par IDC pour Informatica, le leader de gestion de données dans le Cloud. L’étude confirme que son rôle est de plus en plus considéré comme stratégique mais néanmoins confrontés à de nouveaux défis :

  • 59% des CDO interrogés rapportent directement à un responsable clé de l’entreprise, notamment au CEO.
  • 80% des indicateurs clés de performance des CDO sont liés à des objectifs commerciaux tels que l’efficacité opérationnelle, la satisfaction des clients, la protection des données, l’innovation, le chiffre d’affaires et la productivité.
  • 71% des CDO ont quatre gestionnaires de données ou moins, malgré une responsabilité élargie et diverses exigences de collaboration.

Le poste de CDO est donc à date bien ancré dans les entreprises qui ont décidé d’en recruter un il y a quelques années. Et la tendance est à sa généralisation. Mais que fera-t-il lorsqu’il aura réussi à diffuser la culture data, déployé une gouvernance pérenne, que la conformité et la gestion des données répondront aux exigences réglementaires et que les données seront maîtrisées dans l’ensemble de l’organisation ? 

Le CDO devra s’assurer de la création de valeur. Renouveler et conforter une stratégie Data transverse en adéquation et en renfort de la stratégie globale de l’entreprise, et en être définitivement un des piliers. A ce titre, il devra continuer de se rapprocher des métiers pour faire émerger des cas d’usage innovants et transverses. Il devra dépasser la phase de POC pour passer à l’industrialisation et à l’échelle en revoyant la gestion des projets Data et ainsi apporter un retour sur les lourds investissements mis en œuvre sur les
infrastructures et la gouvernance des données.

En impliquant dès le départ non seulement les experts de la data (Datascientist, data analyst…), mais
également les opérationnels et des profils qui pourront anticiper les contraintes et la complexité d’intégration dans un SI existant et penser à l’intégration et l’interopérabilité avec les systèmes existants. Il sera le lien entre le business, le terrain et l’IT dont il parle les deux langages.

Les défis principaux des CDO

L’étude IDC pour Informatica met en évidence les priorités et défis auxquels sont confrontés les CDO.

62 % déclarent que le cloud est un défi important, notamment :

  • L’ingestion des données, la qualité, la gouvernance et la protection des données dans le cadre du déploiement des Data Warehouses et Data Lakes,
  • La cartographie, la transformation et le nettoyage des données dans le cadre de la modernisation des applications (SaaS),
  • La protection des données en mouvement et au repos dans les environnements multicloud.

88 % des répondants considèrent également les métadonnées comme un défi important, notamment :

  • La découverte des données, l’identification du domaine et la classification des données,
  • La comparaison des termes du lexique commercial avec les métadonnées techniques,
  • La cartographie de l’origine des données, du flux de processus et de la prolifération.

50 % des personnes interrogées déclarent que les données ne sont pas utilisées pour obtenir de meilleurs résultats commerciaux en raison de certaines difficultés, telles que :

  • La collaboration sur les définitions communes au sein de l’entreprise pour les éléments de données critiques,
  • Le manque de maîtrise des données et de personnel qualifié,
  • L’accès aux données en libre-service tout en assurant leur conformité.
 
 

On pouvait se demander si le rôle du CDO ne disparaîtrait pas à terme au profit d’une internalisation dans les autres directions, mais si il répond à ces défis, nul doute que son avenir dans les organisations sera pérennisé. 


Marc-Aurèle Silvan Barker, Consultant Data avec Dominique Cozzi, Journaliste

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